- 📍 Où · Au 300 Grant Avenue, à San Francisco, un bloc à l’est d’Union Square : un immeuble livré en 2021, aujourd’hui showroom du joaillier Brilliant Earth, loué pour dix ans sur quatre niveaux et un sous-sol, soit environ 2 300 m².
- 📅 Quand · Ouverture annoncée pour la fin 2027, avec un fonctionnement 24 h/24. Extension à d’autres villes à partir de 2028.
- 🧖 Le circuit · Bains chauds, saunas, hammam, bains froids, salle de sport et studio, salle de musique live, dégustations de thé en groupe, soins de longévité sans contact, et une dizaine de scanners intégrés au parcours.
- 🔬 Le scanner · Une plateforme descend le visiteur dans l’eau à travers un anneau d’un demi-million de capteurs à ultrasons : une carte 3D du corps en 60 secondes, sans rayons X ni champ magnétique. Pas d’homologation FDA au départ : des cartes de composition corporelle, pas un diagnostic.
- 🏛️ Les architectes · Basalt Architects (Reykjavik, le Blue Lagoon) pour le concept, Rapt Studio comme architecte d’exécution, TLEE Spas + Wellness pour l’ingénierie du spa, Myrtha Pools pour les bassins.
- 💰 Le modèle · Projet entièrement autofinancé par Midjourney, qui n’a pas d’investisseurs · objectif affiché de 50 000 scanners dans le monde d’ici 2031.
Depuis 2022, Midjourney fabrique des images à partir de phrases. En juin 2026, le laboratoire de San Francisco a annoncé quelque chose qui n’a rien à voir : une division médicale, un scanner du corps entier à ultrasons, et un spa pour l’accueillir. Le premier Midjourney Spa ouvrira fin 2027 au 300 Grant Avenue, à un bloc d’Union Square, dans un décor conçu par les Islandais de Basalt Architects, les auteurs du Blue Lagoon. L’idée tient en une phrase de son fondateur, David Holz : « Je ne veux pas avoir l’impression d’aller chez le médecin. Je veux avoir l’impression d’aller dans un endroit agréable. » Voici ce que l’on sait du lieu, de la machine, et de ce que ce projet dit de l’avenir des spas.
300 Grant Avenue : un immeuble de 2021 à un bloc d’Union Square
L’adresse est celle d’un immeuble de verre et de pierre livré en 2021 au coin de Grant Avenue et de Sutter Street, l’une des rares constructions neuves d’Union Square depuis des décennies. Il a abrité brièvement une boutique Arc’teryx et sert aujourd’hui de showroom au joaillier Brilliant Earth. Midjourney y a signé un bail de dix ans, négocié par JLL, sur quatre niveaux et un sous-sol, soit environ 2 300 m², la moitié des étages étant réservée au spa. Le quartier, tombé à 22 % de vacance commerciale pendant la pandémie, se redresse : la fréquentation y a progressé de près de 10 % sur un an au printemps 2026, et AT&T comme The RealReal y ont rouvert des adresses fermées en 2023.

Le plan publié par Midjourney lit le bâtiment de haut en bas. Le troisième étage accueille la salle de sport, le studio de fitness et les espaces de service. Le deuxième aligne les cylindres des salles de scan, neuf ou dix selon les documents, chacune fermée sur un petit bassin. Le premier est celui des bains, avec le grand bassin bordé d’un mur végétal, les colonnes lumineuses posées dans l’eau et le sauna. Le sous-sol reçoit les vestiaires et la technique. Le parcours est continu : on passe des bains aux scanners sans changer de peignoir.
Un circuit thermal, une salle de concert et une dizaine de scanners
Le programme est d’abord celui d’un bain public contemporain : bains chauds, saunas, hammam, bains froids, une salle de sport et un studio de cours. S’y ajoutent une salle polyvalente pour la musique live, des dégustations de thé en groupe et des soins de longévité sans contact. Le tout fonctionnera 24 h/24, et Midjourney affirme vouloir un lieu où l’on vienne seul ou entre amis, sans penser à sa santé. « Les scans sont un effet secondaire, écrit l’entreprise. On y pense à peine quand on va au spa. Mais soudain, on dispose d’une immense bibliothèque de données sur son corps. » Le prix des scans n’a pas été communiqué ; l’entreprise, qui parle d’un service « abordable et accessible », teste à San Francisco ses formules d’abonnement avant d’essaimer.
Comment marche le scanner : de l’eau, du son et 60 secondes


Le visiteur entre dans un bassin peu profond et se tient sur une plateforme, qui descend dans l’eau sur des rails à environ cinq centimètres par seconde. Il traverse alors un anneau de capteurs immergés : un demi-million de minuscules carrés, chacun de la taille d’un grain de sable, qui émettent des ondes ultrasonores et enregistrent leur écho des millions de fois par seconde, « comme un dauphin », dit Midjourney. Les ondes changent de forme en passant de l’eau à la peau, à la graisse, au muscle et à l’os ; un cluster de milliers d’ordinateurs reconstruit ces déformations en coupes, puis en une carte 3D du corps précise à une fraction de millimètre, comparable à une IRM et près de cent fois plus rapide. Pas de rayons X, pas de champ magnétique, et une minute. L’entreprise décrit des téraoctets de données par seconde de scan.


La technologie n’est pas celle qui a fait la réputation de Midjourney. Le cœur du scanner vient de Butterfly Network, le spécialiste américain de l’échographie sur puce, avec qui Midjourney a signé en novembre 2025 un accord de co-développement et de licence exclusive : 15 millions de dollars à la signature et 10 millions par an, soit jusqu’à 74 millions sur cinq ans. Le prototype aligne 40 puces Butterfly, chacune portant 8 960 transducteurs de 200 microns, en anneau autour du corps. Aucune homologation de la FDA n’existe à ce stade : le spa ouvrira avec des cartes de composition corporelle, sans prétention diagnostique, dans le même cadre réglementaire du bien-être que les IRM corps entier de Prenuvo ou d’Ezra, et Midjourney dit soumettre régulièrement ses résultats à l’agence pour élargir ses capacités. Les radiologues, eux, rappellent les risques du surdiagnostic quand on scanne des gens en bonne santé chaque semaine.
Basalt Architects : rendre visible l’invisible
Pour dessiner le lieu, Midjourney est allé chercher à Reykjavik l’agence qui a donné au bain islandais son architecture : Basalt, fondée en 2009 par Sigríður Sigþórsdóttir, auteure du Blue Lagoon et de son Retreat, et dirigée aujourd’hui avec Hrólfur Cela, Marcos Zotes et Perla Dís Kristinsdóttir. « Plutôt que d’adapter la technologie à l’environnement, nous avons demandé comment l’environnement pouvait s’adapter à la technologie », explique Hrólfur Cela, qui parle de « rendre visible l’invisible » : les ondes et les forces qui nous traversent sans qu’on les perçoive, restituées par le mouvement, la lumière, le son et l’eau. Les scanners deviennent des cylindres sculpturaux, éclairés par-dessous depuis l’eau, autour desquels s’organisent les espaces ; les tons ambre et or, les plafonds miroirs et les reflets d’eau sur les murs donnent au lieu l’air d’un bain plutôt que d’un centre d’imagerie.
Autour de Basalt, l’équipe est celle d’un grand spa : Rapt Studio, agence de San Francisco, comme architecte d’exécution ; TLEE Spas + Wellness pour la conception du parcours ; Pritchard Peck pour la lumière ; Myrra Sound Studio pour le son ; Myrtha Pools et Martin Aquatic pour les bassins ; Tipping Structural et Alphatech pour la structure et les fluides. Jeanine Allpress-Cliffe, présidente de TLEE, résume le parti pris en une formule, « la fréquence comme médecine » : le son, la lumière, l’eau et le dessin des espaces travaillent ensemble, et le spa se lance comme un produit de bien-être, avec un suivi de la composition corporelle, avant toute ambition médicale.
Ce que ce projet change pour les spas d’hôtels
Le Midjourney Spa n’est pas un hôtel, mais il arrive au moment où l’hôtellerie de luxe fait exactement le même pari : transformer le spa en lieu de données. Marriott s’est allié à Therme Group pour ses grands bains urbains, Equinox a ouvert son premier resort à AMAALA, sur la mer Rouge, autour d’un circuit de longévité, et les cliniques comme SHA, Lanserhof ou Clinique La Prairie vendent déjà des séjours construits sur des bilans. La différence de Midjourney tient à l’échelle et à la fréquence : un scan par semaine, dans un bain public ouvert la nuit, à un prix que l’entreprise veut proche de celui d’une entrée au spa. Si la machine tient ses promesses, l’IRM corps entier à plusieurs milliers de dollars des cliniques de longévité devient un service de quartier, et les hôtels qui ont investi dans la « longévité » devront proposer autre chose que l’accès à un scanner : du temps, un lieu, une hospitalité. C’est précisément ce que Basalt a dessiné.
| Adresse | 300 Grant Avenue, San Francisco |
| Surface | environ 2 300 m² · 4 niveaux + sous-sol |
| Bail | 10 ans |
| Ouverture | fin 2027 · 24 h/24 |
| Scanners | une dizaine |
| Durée d’un scan | 60 secondes |
| Capteurs par anneau | environ 500 000 |
| Accord Butterfly Network | jusqu’à 74 M$ sur 5 ans |
| Objectif 2031 | 50 000 scanners dans le monde |
La feuille de route : d’autres villes en 2028, 50 000 scanners en 2031
Midjourney décrit les douze prochains mois comme une phase de recherche : affiner les algorithmes et le matériel, mener des essais avec des volontaires, passer à une deuxième génération de scanner, et construire ce « spa de recherche » de San Francisco. En 2028, l’entreprise prévoit d’ouvrir dans d’autres villes et de passer à un scanner de troisième génération, avec un silicium entièrement sur mesure ; en 2031, elle vise plus de 50 000 machines et un milliard de scans par mois, soit, selon David Holz, quelque 5 000 lieux et 20 milliards de dollars d’investissement. Le laboratoire, qui n’a pas d’investisseurs et se dit financé par sa communauté d’abonnés, affirme que le premier spa sera rentable en six mois. Il ouvre en attendant une liste d’attente et un appel à volontaires pour ses essais cliniques.
Notre regard
Le plus intéressant dans ce projet n’est pas la machine, dont les performances restent à démontrer et dont le nom même, « Ultrasonic CT », emprunte au vocabulaire d’une technologie qu’elle n’utilise pas. C’est le raisonnement architectural. Midjourney a compris qu’un examen que l’on répète toutes les semaines ne peut pas ressembler à un examen, et a confié à Basalt le soin de le dissoudre dans un bain : c’est ce que le Blue Lagoon a fait pour l’eau d’une centrale géothermique, devenue le premier spa d’Islande. Pour les hôteliers, la leçon est la même que celle des grands bains urbains qui ouvrent partout, de Reykjavik à Marseillan : le luxe du bien-être n’est plus dans la cabine de soins, mais dans le temps passé dans l’eau, et dans ce que le lieu sait de vous quand vous en sortez. Rendez-vous fin 2027, sur Grant Avenue, pour vérifier si l’on y pense vraiment « à peine » au scanner.
Informations pratiques
- Midjourney Spa · 300 Grant Avenue, San Francisco · ouverture prévue fin 2027 · midjourney.com/medical
- Basalt Architects · Reykjavik · basalt.is
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