- 🏛️ Deux demeures historiques converties · le vestige d’un palazzo du XVIIe siècle et une maison de ville du XIXe.
- 📍 Misraħ ir-Repubblika, Żurrieq · sur la place du village, face à l’église paroissiale Sainte-Catherine, classée niveau 1.
- 🔑 21 chambres, cinq étoiles · troisième maillon d’un hôtel diffus réparti dans le centre historique.
- 🏗️ Baldacchino Holdings · le promoteur, déjà propriétaire du Kempinski San Lawrenz à Gozo.
- 🗓️ Décision attendue le 10 septembre 2026 · les services de l’Autorité de planification ont recommandé l’approbation.
Le sud de Malte n’a jamais été une terre d’hôtellerie de luxe. Les cinq-étoiles de l’archipel se concentrent à Saint-Julien’s, à Sliema et autour de La Valette, et Żurrieq n’est connu des visiteurs que pour la grotte bleue qui borde sa côte. Un projet de 21 chambres pourrait changer cela, en installant un hôtel cinq étoiles sur la place principale du village, face à l’église Sainte-Catherine. Les services de l’Autorité de planification ont recommandé son approbation ; le conseil tranchera le 10 septembre 2026.
Deux bâtiments, deux siècles, une seule adresse
Le futur hôtel occupera deux structures mitoyennes situées aux numéros 8, 9 et 10 de Triq San Mikiel et aux numéros 25 et 26 de Misraħ ir-Repubblika. La première est la partie subsistante d’un palazzo du XVIIe siècle, l’autre une maison de ville du XIXe. L’ensemble se trouve dans la zone de conservation urbaine de Żurrieq et fait directement face à l’église paroissiale Sainte-Catherine, monument classé au niveau le plus élevé de la protection maltaise.
Le promoteur est Baldacchino Holdings, groupe maltais qui exploite déjà la salle de réception Garden of Eden et détient le Kempinski San Lawrenz, à Gozo. Ce n’est donc pas un nouvel entrant dans l’hôtellerie de l’archipel.

D’une maison de retraite jamais construite à un hôtel
Le site a déjà une histoire administrative chargée. Un permis avait été accordé en 2011 pour y aménager une maison de retraite, puis renouvelé en 2017, sans que le projet ne soit jamais réalisé. Ce permis initial avait été validé malgré l’avis contraire du Comité consultatif du patrimoine et du rapporteur, tous deux favorables au rejet, et il autorisait déjà un étage supérieur en retrait bien visible depuis la place.
Le même propriétaire réoriente donc son investissement vers l’hôtellerie, en s’appuyant sur une enveloppe déjà autorisée. C’est un point important du dossier : le rapporteur a confirmé que la hauteur maximale permise par le permis de 2017 ne serait pas dépassée.
Ce que les gardiens du patrimoine ont obtenu
Le projet n’est pas passé sans résistance. La Surintendance du patrimoine culturel a d’abord exprimé de sérieuses réserves sur les démolitions intérieures envisagées, dont celle de l’escalier principal, et sur le volume des superstructures en toiture, qui risquaient de créer des murs mitoyens aveugles. Les architectes ont revu leur copie : la piscine, initialement prévue en toiture, a été redescendue au rez-de-chaussée, et la distribution intérieure a été modifiée.
La Surintendance a alors levé ses objections architecturales, sous réserve d’un suivi archéologique strict pendant le chantier. L’ONG patrimoniale Din l-Art Ħelwa s’était elle aussi opposée aux plans initiaux, jugeant qu’une exploitation commerciale de cette ampleur écraserait la rue et regrettant la disparition d’un jardin d’agrément au profit de terrasses. Le déplacement de la piscine a désamorcé l’essentiel de la controverse, sans faire disparaître la question de fond : celle de la commercialisation des cœurs de village maltais.
Un hôtel éclaté dans le village
L’originalité du dossier tient à son mode d’exploitation. Ces 21 chambres ne constituent pas un hôtel autonome : elles forment le troisième maillon d’un ensemble de trois établissements prévus dans Żurrieq, conçus pour fonctionner en réseau. Le centre névralgique, qui regroupera la réception, l’administration et vraisemblablement la restauration principale, occupera un autre bâtiment de la même place, dont la demande est encore à l’instruction.
C’est le modèle de l’albergo diffuso, né dans les villages italiens dépeuplés et pensé pour réoccuper le bâti existant sans construire. L’Autorité de planification a validé l’approche au motif que l’accès principal se situe dans le centre urbain secondaire, où les hôtels de classe 3B sont autorisés.
Le stationnement, question réglée d’avance
Reste l’épine de tout projet en centre ancien : la voiture. Les normes imposent cinq places de stationnement dédiées pour un établissement de cette taille. L’Autorité n’a réclamé aucune contribution financière supplémentaire, au motif que le projet de maison de retraite, dont les besoins étaient supérieurs, avait déjà donné lieu à un versement complet à l’Urban Improvement Fund. Ce paiement passé est jugé suffisant pour couvrir les besoins du nouvel usage.
Notre regard
Ce dossier vaut moins par sa taille que par ce qu’il teste. Réhabiliter un palazzo du XVIIe siècle plutôt que construire du neuf en périphérie est le contraire de ce que Malte a fait pendant vingt ans, et le sud de l’île, longtemps délaissé au profit du nord, a besoin d’exactement ce type de démonstration.
La méthode mérite d’être notée. Un permis n’a pas été arraché contre les conservateurs : il a été amendé jusqu’à ce que la Surintendance retire ses objections. Le déplacement de la piscine peut sembler un détail ; c’est en réalité ce qui sépare une toiture historique intacte d’un cinquième niveau baigné de transats face à une église classée. Si le modèle de l’hôtel diffus tient à l’exploitation, il pourra être répliqué dans d’autres villages de l’archipel. C’est à ce moment-là, et pas le 10 septembre, qu’on saura si Żurrieq a ouvert une voie.
Informations pratiques sur le futur hôtel de Żurrieq
- Adresse · 8-10 Triq San Mikiel et 25-26 Misraħ ir-Repubblika, Żurrieq, Malte
- Capacité · 21 chambres, catégorie cinq étoiles
- Promoteur · Baldacchino Holdings
- Décision de l’Autorité de planification · attendue le 10 septembre 2026





