- 📉 Marriott perd 43 % de son revenu par chambre au Moyen-Orient sur le deuxième trimestre, en glissement annuel
- 🏨 Hilton recule d’environ 33 % et Hyatt de 36 % sur la même zone : aucun grand groupe n’échappe au décrochage
- 🇦🇪 Les Émirats sont l’épicentre · l’activité s’est effondrée de 80 % en avril avant de remonter à moins 40 % en juin
- ⏱️ On réserve désormais à 7 jours de l’arrivée, contre 15 avant le conflit : les hôteliers pilotent à vue
- 🎯 Le quatrième trimestre pèse 35 % du revenu annuel de la région : c’est lui qui décidera de l’exercice
Pendant dix ans, le Moyen-Orient a été le terrain de jeu favori de l’hôtellerie de luxe. Dubaï alignait les ouvertures, l’Arabie saoudite promettait des resorts entiers sortis du désert, et chaque grand groupe y plantait son enseigne la plus prestigieuse. Les résultats du premier semestre 2026, publiés ces dernières semaines par les principaux opérateurs mondiaux, racontent une tout autre histoire. La région est devenue, en trois mois, le pire marché hôtelier de la planète.
Trois groupes, un même trou d’air
Le chiffre le plus spectaculaire vient de Marriott : 43 % de revenu par chambre disponible évaporés au Moyen-Orient sur le deuxième trimestre, comparé à la même période de 2025. Pour un indicateur qui varie d’ordinaire de quelques points, la chute est d’un autre ordre de grandeur.
Ses concurrents ne s’en sortent pas mieux. Hilton accuse un recul d’environ un tiers sur la zone. Hyatt annonce 36 % de baisse sur le Moyen-Orient hors Afrique, et a revu ses perspectives annuelles à la baisse de 10 millions de dollars. Trois groupes aux portefeuilles différents, aux clientèles différentes, aux positionnements différents · et une même courbe.
Détail qui en dit long sur le niveau d’inquiétude : Marriott a qualifié ce résultat de « un peu meilleur que prévu », et le directeur financier de Hilton a parlé de chiffres « meilleurs que les attentes antérieures ». Quand perdre 43 % constitue une bonne surprise, c’est que les prévisions internes étaient bien plus sombres.



Les Émirats, épicentre du décrochage
La moyenne régionale masque une réalité très concentrée. Accor a détaillé le cas des Émirats arabes unis, et la trajectoire y est vertigineuse : l’activité s’est effondrée de 80 % en avril, avant de remonter progressivement pour terminer le trimestre autour de 40 à 45 % de baisse en juin.
Autrement dit, le pire est passé, mais le retour à la normale n’a pas eu lieu. Le marché a repris deux tiers du chemin en deux mois, puis s’est stabilisé à un niveau qui reste catastrophique. Dubaï, vitrine mondiale du secteur, encaisse l’essentiel du choc.
Une région à deux vitesses
C’est la nuance que les moyennes régionales écrasent : tout le Moyen-Orient ne s’est pas arrêté. L’Arabie saoudite, l’Égypte et la Turquie ont continué à livrer de solides performances sur la période, portées par une clientèle domestique et régionale que les tensions ont moins découragée.
Le contraste est instructif. Les marchés les plus dépendants du voyageur international longue distance, du congrès et de la clientèle d’affaires occidentale sont ceux qui ont le plus souffert. Ceux qui remplissent leurs chambres avec des voyageurs proches ont tenu. Une leçon que les investisseurs du Golfe, engagés dans des programmes de construction gigantesques, vont devoir intégrer.
Le réflexe des voyageurs a changé
Au-delà des volumes, c’est le comportement de réservation qui s’est déformé. La fenêtre de réservation est tombée à sept jours avant l’arrivée, contre quinze auparavant. Les voyageurs attendent le dernier moment pour s’engager.
Pour un hôtelier, cette statistique est presque plus inquiétante que la baisse elle-même. Elle signifie que le carnet de commandes ne donne plus aucune visibilité : impossible d’ajuster les effectifs, de calibrer les achats, de piloter les tarifs à l’avance. Les équipes travaillent à vue, semaine après semaine.
Le quatrième trimestre décidera de l’année
Tous les regards se tournent maintenant vers les derniers mois de 2026. Le quatrième trimestre représente à lui seul 35 % du revenu annuel de la région, quand la chaleur retombe et que la saison des congrès bat son plein. C’est la période qui fait ou défait un exercice au Moyen-Orient.
Accor a posé deux scénarios sur la table. Dans le premier, la région reste bloquée autour de 40 à 45 % de baisse jusqu’à la fin de l’année. Dans le second, une reprise partielle ramène le recul à environ 20 %. L’écart entre les deux se compte en centaines de millions de dollars pour l’ensemble du secteur.
Entre les deux, aucun opérateur ne se risque à trancher. Ce qui, en soi, résume assez bien l’année 2026 de l’hôtellerie au Moyen-Orient.
- →Accor : un premier semestre 2026 solide, chiffre d’affaires en hausse de 3 % et pipeline record malgré le Moyen-Orient
- →Luxe à Dubaï et Doha (Moyen-Orient) : pourquoi une partie des voyageurs et des investisseurs prennent leurs distances
- →Le groupe hôtelier Preatoni tient son cap à Sharm El Sheikh, l’immobilier balte marque le pas






