L’essentiel
- À Sambuca di Sicilia, une ruine du début du XXe siècle achetée un euro symbolique a été rendue habitable par le studio palermitain Didea, avec le soutien d’Airbnb.
- Cent trente-cinq mètres carrés sur trois niveaux, adossés aux remparts du village.
- Deux escaliers d’acier perforé, l’un rouge, l’autre vert, traversent la maison de la rue au dernier étage et tiennent lieu de colonne vertébrale.
- Enduits à la chaux et terre crue, choisis pour le confort thermique sans recourir à la climatisation.
- Le chantier s’est achevé en 2022. Ce qui fait l’actualité, c’est le programme de résidence gratuite proposé depuis par la plateforme.
Les maisons à un euro ont fait le tour du monde comme une curiosité, parfois comme une arnaque supposée. Le dispositif est pourtant sérieux : des communes italiennes vidées par l’exode cèdent des bâtiments en ruine pour une somme symbolique, contre l’engagement contractuel de les restaurer dans un délai fixé. L’euro n’est pas le prix de la maison, c’est le prix d’entrée dans un chantier.



Ce qu’il y avait avant
À Sambuca di Sicilia, bourg de la province d’Agrigente, la bâtisse retenue datait du début du XXe siècle et tenait à peine debout. Les planchers s’étaient effondrés, il n’y avait aucun réseau, et l’humidité avait gagné l’ensemble de la structure. Elle est partiellement adossée aux remparts historiques du village, ce qui interdisait de reprendre les murs comme on l’aurait fait ailleurs.
C’est ce bâtiment qu’Airbnb a choisi pour son opération, en confiant le projet au studio Didea, basé à Palerme. Le travail a consisté d’abord à stabiliser la coque, puis à reconstruire les planchers disparus.
Deux escaliers pour tenir la maison
Cent trente-cinq mètres carrés répartis sur trois niveaux, dans une parcelle étroite : le problème est celui de la circulation verticale. La réponse est la plus visible du projet. Deux escaliers d’acier perforé, l’un rouge, l’autre vert, montent de la rue jusqu’au dernier étage et deviennent l’élément structurant de la maison, à la fois passage, garde-corps et signal de couleur dans des pièces volontairement sourdes.
Le reste tient dans la retenue. Les murs de pierre appareillée sont laissés apparents là où ils ont survécu, avec leurs irrégularités et leurs reprises. Ailleurs, les enduits à la chaux et à la terre crue régularisent sans lisser. Le mobilier est bas, les ouvertures conservées à leur dimension d’origine.
Le confort sans la climatisation
Le choix des matériaux n’est pas décoratif. La chaux et la terre crue respirent, régulent l’humidité et amortissent les écarts de température, ce qui compte en Sicile intérieure où l’été dépasse régulièrement les trente-cinq degrés. Le projet obtient son confort thermique par l’inertie des parois plutôt que par des équipements, ce qui est aussi la solution la moins coûteuse à entretenir sur la durée.
C’est là que la démonstration porte. Une ruine à un euro suppose un budget de travaux considérable, et l’erreur classique consiste à le dépenser en installations techniques. Ici, il a été mis dans la structure et dans les enduits.
Ce que cela dit du dispositif
Une précision s’impose, car elle change la lecture : le chantier s’est achevé en 2022. Ce n’est pas une inauguration mais un projet documenté, dont la plateforme s’est resservie depuis pour proposer d’y résider gratuitement pendant un an. L’opération est donc autant une vitrine qu’une réhabilitation.
Cela ne lui retire rien. Les communes qui vendent à un euro cherchent d’abord à faire connaître leur dispositif, et une maison photographiée dans le monde entier vaut mieux qu’une campagne d’affichage. Sambuca a vu son programme se remplir. Reste la question que le décor ne règle pas : un village se repeuple avec des habitants à l’année, pas avec des séjours d’un an.
Pour le voyageur, l’intérêt est ailleurs. La Sicile intérieure, celle d’Agrigente et de la vallée du Belice, reste l’une des régions les moins fréquentées de l’île, à une heure et demie de Palerme et à quarante minutes des temples de Sélinonte. C’est une base de séjour, pas une étape.





