- La distinction · le Badrutt’s Palace de Saint-Moritz remporte le SeiBellissimi Art of Hospitality Award 2026, décerné dans le cadre des World’s 50 Best Hotels.
- Qui vote · plus de 800 membres d’une académie internationale, chacun invité à nommer l’établissement où il a vécu sa meilleure expérience de service sur trois ans.
- La maison · fondée en 1896, encore familiale, 163 chambres et suites, environ 700 collaborateurs en haute saison, 11 restaurants et 2 bars.
- La suite · le classement complet des 50 meilleurs hôtels du monde 2026 sera dévoilé le 15 septembre 2026 à Paris.
Un prix qui récompense les équipes, pas les murs
Le palace de l’Engadine vient d’être désigné meilleure expérience d’hospitalité au monde. L’Art of Hospitality Award, remis chaque année dans le cadre des World’s 50 Best Hotels, ne juge ni l’architecture ni le confort des chambres · il distingue la maison dont le service a laissé le souvenir le plus fort. Le mode de scrutin en dit long sur la nature du prix : les quelque 800 membres de l’académie ne classent pas des hôtels, ils citent chacun le seul établissement où ils ont vécu leur meilleure expérience de service au cours des trois dernières années. Autrement dit, il ne suffit pas d’être régulièrement bon, il faut avoir marqué durablement quelqu’un.

Ce que le jury a réellement récompensé
Derrière la formule se cachent des pratiques très concrètes, et parfois désarmantes de simplicité. Les chambres des habitués sont photographiées puis reconstituées à l’identique d’un séjour à l’autre, jusqu’à la disposition des objets personnels. L’huile pimentée qu’un client demande systématiquement finit par arriver sur sa table sans qu’il ait à la réclamer. Le matériel de ski est récupéré le soir, séché, entretenu et rendu prêt à l’emploi le lendemain matin.
La maison revendique aussi des gestes qui sortent franchement du cadre : une motoneige affrétée pour permettre à un client en convalescence d’atteindre un restaurant d’altitude, ou une session de ski privée organisée un vendredi soir pour un hôte observant le shabbat. Ce sont ces écarts au protocole, plus que le protocole lui-même, que le vote a distingués.

La fidélité des équipes comme matière première
Un tel niveau de personnalisation ne s’improvise pas, et il ne tient pas à une méthode : il tient à des gens qui restent. L’ancienneté moyenne des collaborateurs atteint huit ans, et plusieurs membres du personnel dépassent les vingt années de maison · une durée rare dans une industrie où le turnover est le premier ennemi de la mémoire client. C’est cette continuité qui permet de reconnaître un habitué, d’anticiper une demande et de la satisfaire sans qu’elle soit formulée.
Le chiffre qui en découle est peut-être le plus parlant du dossier : 60 % des clients du palace sont des habitués. À Saint-Moritz, où la clientèle internationale a l’embarras du choix, cette proportion mesure mieux la réussite qu’un taux d’occupation. Sous la direction de Richard Leuenberger, la maison mobilise près de 700 professionnels en hiver pour veiller sur 163 chambres et suites, soit un ratio parmi les plus élevés de l’hôtellerie mondiale.
| Fondation | 1896, par Caspar Badrutt · toujours propriété familiale |
|---|---|
| Capacité | 163 chambres et suites |
| Équipes | ≈ 700 collaborateurs en hiver · ancienneté moyenne de 8 ans |
| Restauration | 11 restaurants et 2 bars |
| Clientèle | 60 % d’habitués |
| Direction | Richard Leuenberger |
Un palace qui continue de creuser, littéralement
L’institution n’a pas choisi de se reposer sur son histoire. En 2025, la maison a percé sous la colline un tunnel équipé de ce qui est présenté comme le deuxième plus long escalator de Suisse, afin de relier l’hôtel au Chesa Veglia, sa ferme du XVIIe siècle transformée en restaurant. Le chantier ne visait qu’un seul objectif : épargner aux clients quelques dizaines de mètres à pied dans le froid. C’est une dépense difficile à justifier par un tableur, et parfaitement cohérente avec ce que le prix vient de récompenser.
Le reste de la maison suit la même logique d’attention aux détails · le chef pâtissier exécutif Stefan Gerber y produit vingt-six parfums de glace maison, le club enfants a été repensé et un espace dédié aux adolescents, le Palace Arcade, complète désormais l’offre familiale avec ses bornes d’arcade et sa salle de projection.


Cent trente ans d’une histoire qui a inventé une saison
La récompense tombe l’année des 130 ans de l’établissement, ouvert en 1896 par Caspar Badrutt. La famille avait déjà changé le cours du tourisme alpin une génération plus tôt : c’est Johannes Badrutt qui, en pariant avec des clients britanniques qu’ils trouveraient le soleil à Saint-Moritz en plein hiver, a fait naître l’idée même de saison d’hiver dans les Alpes. Le palace et sa tour verte au-dessus du lac sont depuis devenus le décor d’un certain art de vivre alpin, aujourd’hui prolongé par une clientèle qui revient d’année en année.
Ce que ce prix annonce pour le 15 septembre
L’Art of Hospitality Award est traditionnellement dévoilé en amont du classement principal, dont il constitue une forme d’avant-programme. La liste complète des World’s 50 Best Hotels 2026 sera révélée le 15 septembre 2026 à Paris, et l’on saura alors si la maison suisse figure également dans le haut du classement général, où elle était absente du top 50 en 2025.
Pour la Suisse, le signal est en tout cas favorable. Alors que l’hôtellerie de luxe investit massivement dans la technologie et l’automatisation des parcours clients, ce prix rappelle qu’une part décisive de la valeur perçue reste produite par des personnes qui se souviennent. C’est un résultat difficile à copier, et impossible à acheter.




