C’est l’une des plus grosses opérations de l’année dans le tourisme européen. Le 22 juin 2026, Pierre & Vacances Center Parcs, numéro un européen de l’immobilier de loisir, a confirmé faire l’objet d’une offre publique d’achat lancée par Mubadala Capital. Derrière ce nom se cache la puissance financière d’Abou Dhabi, qui pose un pied de plus dans le tourisme du Vieux Continent. Pour le groupe français, tout juste sorti d’une restructuration douloureuse et revenu aux bénéfices, c’est la promesse de moyens nouveaux et, sans doute, un changement d’ère.
Une OPA amicale à 2 euros par action
L’offre déposée par Mubadala Capital est une offre publique d’achat amicale, en numéraire et intégralement financée, portant sur la totalité des titres du groupe. Le fonds propose 1,90 euro par action, un prix qui pourrait être complété de 0,10 euro s’il parvient à retirer Pierre & Vacances Center Parcs de la cote, soit jusqu’à 2 euros par titre. La transaction valorise l’ensemble à un peu moins d’un milliard d’euros et fait ressortir une prime de plus de 35 % sur le cours qui précédait l’ouverture de la revue stratégique, en juin 2025.
L’opération est loin d’une simple intention. Elle a reçu le feu vert du conseil d’administration et le soutien des trois principaux actionnaires du groupe, les fonds Fidera et Benefit Street Partners (ex-Alcentra) ainsi que la holding Pastel, qui pèsent ensemble 58,6 % du capital. L’offre reste conditionnée à des engagements d’apport portant sur au moins 80 % du capital d’ici la mi-juillet, avant un dépôt formel attendu début 2027. « L’offre ferme et intégralement financée reçue de Mubadala Capital marque une étape décisive dans la revue stratégique engagée en juin 2025 », a salué Georges Sampeur, président du conseil d’administration.

Mubadala, le bras armé d’Abou Dhabi dans le tourisme
Mubadala Capital est la filiale de gestion d’actifs alternatifs de Mubadala Investment Company, l’un des principaux fonds souverains des Émirats arabes unis, qui gère plusieurs centaines de milliards de dollars et a investi plus de 29 milliards de dollars sur la seule année 2024. Le fonds connaît déjà le tourisme de loisir européen pour avoir détenu, jusqu’en 2023, le groupe de parcs d’attractions Looping. En s’emparant de Pierre & Vacances Center Parcs, il met la main sur des emplacements rares, des forêts aux littoraux, et sur des marques familières de millions de familles européennes.
Côté émirati, on insiste sur le long terme. Mubadala Capital dit vouloir doter le groupe d’une « capacité d’investissement durable » et s’appuyer sur l’équipe de direction en place, avec un horizon d’engagement de sept à dix ans. Une approche patrimoniale qui tranche avec la logique de sortie des fonds de dette aujourd’hui au capital.
Pierre & Vacances Center Parcs, un géant qui sort de l’ornière
Fondé en 1967 par Gérard Brémond, le groupe a bâti en un demi-siècle un empire de l’immobilier de tourisme. Sous une même bannière cohabitent Center Parcs et ses domaines forestiers, les résidences Pierre & Vacances, la plateforme maeva, les appart’hôtels Adagio, le complexe Villages Nature Paris et les Sunparks du Benelux. Au total, près de 330 sites en Europe, dont une trentaine de domaines Center Parcs, plus de 45 000 hébergements et quelque 8 millions de clients par an, pour un chiffre d’affaires de près de 2 milliards d’euros et environ 12 800 salariés.
Mais le groupe sort à peine d’une zone de fortes turbulences. La crise du Covid-19, puis le poids de sa dette, l’ont contraint en 2022 à une lourde restructuration qui a converti plus de 550 millions d’euros de dette en capital et fait passer le contrôle aux mains de ses créanciers, diluant le fondateur de près de 50 % à moins de 11 % du capital. Trois ans plus tard, la convalescence est nette : le groupe a renoué avec les bénéfices pour le deuxième exercice consécutif et affiche une trésorerie positive. L’arrivée d’un actionnaire aux poches profondes tombe à point nommé pour financer la rénovation d’un parc vieillissant.

Le Golfe à l’assaut du tourisme européen
L’offre de Mubadala n’a rien d’un cas isolé. Les fonds souverains du Golfe multiplient les acquisitions dans l’hôtellerie et le tourisme européens, des palaces suisses passés sous pavillon qatari aux hôtels genevois rachetés par Jumeirah. En 2024, ces fonds ont investi un montant record de 82 milliards de dollars dans le monde, Mubadala figurant parmi les plus actifs. Portés par des liquidités abondantes et une stratégie de diversification au-delà du pétrole, Abou Dhabi, Doha et Riyad considèrent désormais le loisir européen comme une classe d’actifs stratégique, à rendement long.
Pour Pierre & Vacances Center Parcs, coté à la Bourse de Paris depuis 1999, ce rapprochement pourrait accélérer la montée en gamme de ses destinations, à l’heure où la clientèle européenne réclame des hébergements plus qualitatifs. Reste à savoir si ce virage capitalistique se traduira, sur le terrain, par des villages rénovés et une expérience à la hauteur des nouveaux standards, un sujet que La Revue des Hôtels suit de près dans sa rubrique Bourse & Immobilier.






