C’est un événement sans précédent dans l’hôtellerie de luxe française. Le 2 juin 2026, Serge Papin, ministre chargé du Tourisme, a dévoilé la Collection Palace 2026 : 33 établissements portent désormais la prestigieuse distinction. Mais derrière ce chiffre record se cache une première historique, trois palaces emblématiques ont perdu leur titre, du jamais-vu depuis la création du label en 2010.
L’Hôtel du Palais de Biarritz, le Park Hyatt Paris-Vendôme et le Mandarin Oriental Paris sont rétrogradés au rang d’hôtels cinq étoiles. Comment trois adresses de ce calibre ont-elles pu perdre la plus haute reconnaissance de l’hôtellerie hexagonale ? Décryptage.
La distinction Palace, un label d’exception sous très haute surveillance
Spécificité française unique au monde, la distinction « Palace » a été instituée en 2010, dans le sillage de la réforme du classement hôtelier de 2009 qui introduisait la catégorie cinq étoiles. Son objectif : distinguer, parmi les hôtels cinq étoiles, une poignée d’établissements véritablement hors normes par leur emplacement, leur histoire, la qualité de leur service et leur singularité. Le label est attribué par le ministre du Tourisme sur instruction d’Atout France, après des visites de contrôle approfondies menées par une commission d’experts.
Surtout, la distinction n’est jamais acquise définitivement. Une réforme de 2024 a renforcé son caractère exceptionnel en ramenant la durée d’attribution de cinq à trois ans, accentuant la pression sur les établissements pour maintenir leurs standards au plus haut niveau. C’est précisément à l’occasion de ces contrôles que les trois palaces concernés ont vu leurs insuffisances pointées du doigt.
L’Hôtel du Palais de Biarritz, seul palace de la côte atlantique rétrogradé

Symbole de Biarritz, surnommé la « tour Eiffel biarrote », l’Hôtel du Palais a été le premier à annoncer la perte de sa distinction, dès la fin du mois de mars. Propriété de la ville de Biarritz (57 %), du groupe JCDecaux (37 %) et de la Caisse des dépôts, exploité par The Unbound Collection by Hyatt, l’établissement n’est plus l’unique palace de la façade atlantique.
Selon La République des Pyrénées, les visites de contrôle ont révélé des lacunes sur certains équipements. Le spa et la salle de petit-déjeuner sont spécifiquement pointés comme n’étant plus au niveau requis. Un comble pour un hôtel qui a bénéficié d’une rénovation majeure de 80 millions d’euros entre 2018 et 2021. Le spa n’avait toutefois pas été intégré à ce chantier, et 26 chambres de l’aile nord n’avaient pas été entièrement rénovées. L’établissement, aujourd’hui engagé dans de nouveaux travaux, pourra redéposer sa candidature une fois ceux-ci achevés. La municipalité, elle, s’est dite déterminée à reconquérir le précieux titre.
Le Park Hyatt Paris-Vendôme, rattrapé par un déficit de modernisation

À deux pas de la place Vendôme et de l’Opéra, au 5 rue de la Paix, le Park Hyatt Paris-Vendôme s’était imposé comme une référence du luxe parisien depuis son ouverture en 2002. Imaginé par le designer américain Ed Tuttle, l’hôtel cultivait une élégance contemporaine feutrée, prisée d’une clientèle internationale.
La commission d’attribution a cette fois pointé un déficit de modernisation, suffisant pour lui retirer la distinction et le ramener au rang de cinq étoiles. Comme pour l’Hôtel du Palais, la porte n’est pas définitivement fermée : l’établissement pourra de nouveau prétendre au label après une mise à niveau de ses infrastructures.
Le Mandarin Oriental Paris, la riposte par une rénovation d’ampleur

Situé rue Saint-Honoré, le Mandarin Oriental Paris fait lui aussi les frais de cette révision et retrouve le statut de cinq étoiles. Mais l’établissement a choisi la riposte. Il a confirmé un vaste programme de transformation qui doit débuter fin octobre 2026 et remodeler l’ensemble de son offre.
Les chambres, les suites et tous les espaces communs ont été confiés à l’architecte londonienne Tara Bernerd, avec pour mission de capturer « l’esprit de Paris ». L’offre culinaire sera entièrement repensée autour de trois concepts distincts : un nouveau bar, une brasserie parisienne et un restaurant gastronomique, tous tournés vers le jardin intérieur de l’hôtel. Ce renouveau coïncide avec l’arrivée, le 18 mai, d’un nouveau directeur général, Vincent Poulingue, qui dirigeait auparavant l’Hôtel du Palais Biarritz, l’un des deux autres palaces déclassés.
Six nouveaux palaces en 2026, dont le Martinez et le Royal Champagne
Si trois adresses quittent le cercle, la Collection Palace 2026 s’enrichit dans le même temps de six nouveaux venus qui portent le total à 33 établissements. À Paris, le Bvlgari, le Cheval Blanc et le Fouquet’s accèdent à la distinction. Les Alpes gagnent un palace avec le Four Seasons Resort Megève. Sur la Côte d’Azur, l’Hôtel Martinez à Cannes décroche enfin son titre, tandis que la Champagne célèbre son premier palace avec le Royal Champagne Hôtel & Spa. Pour le panorama complet, découvrez les 33 palaces de la Collection 2026.
Ce renouvellement illustre une réalité du secteur : l’excellence est une quête permanente, qui exige des investissements constants. Les trois hôtels rétrogradés ont déjà engagé ou annoncé les chantiers qui leur permettront, demain, de réintégrer ce club très fermé.





