- Le mouvement · le Vietnam est devenu l’un des marchés hôteliers les plus courtisés d’Asie du Sud-Est, et les groupes internationaux y accélèrent nettement.
- IHG · le groupe annonce vouloir passer d’environ 16 hôtels au Vietnam à plus de 40, soit de 4 800 à quelque 12 000 chambres, et porter son nombre d’enseignes présentes de sept à neuf.
- Fairmont · l’enseigne d’Accor est entrée dans le pays en février 2026 avec le Fairmont Hanoi, 241 chambres, huit bars et restaurants.
- Le carburant · près de 13,92 millions de visiteurs internationaux sur les sept premiers mois de 2026, en hausse de 13,8 % sur un an.
Un marché qui progresse cinq fois plus vite que la moyenne du secteur
Pour mesurer ce qui se joue au Vietnam, un point de comparaison suffit. Au premier semestre 2026, IHG a publié une croissance mondiale de son revenu par chambre disponible de 4,1 %, avec 3,1 % en Grande Chine et 3 % sur son ensemble Europe, Moyen-Orient, Asie et Afrique. Ce sont des chiffres corrects, sans plus.
Sur la même période, le groupe a annoncé pour le seul Vietnam un plan de développement qui ferait plus que doubler son parc. Un opérateur ne mobilise pas ce niveau de capital et d’équipes sur un marché qui suivrait simplement sa moyenne mondiale. L’écart entre la performance globale du groupe et son ambition vietnamienne est le vrai indicateur du dossier.
Ce que prévoit exactement IHG
Le groupe britannique exploite aujourd’hui environ seize établissements au Vietnam, pour près de 4 800 chambres, répartis entre Hanoï, Hô Chi Minh-Ville, Da Nang, Nha Trang, Phu Quoc et la baie d’Ha Long. Son objectif annoncé porte ce parc à plus de quarante adresses et environ 12 000 chambres, avec six ouvertures programmées d’ici la fin de l’année prochaine.
Deux enseignes supplémentaires feront leur entrée sur le marché, portant l’offre du groupe de sept à neuf marques dans le pays. La famille Holiday Inn reste le principal moteur de ce volume, avec neuf projets qui viendront s’ajouter aux implantations existantes de Saïgon et de Hô Tram · un détail qui nuance le récit du « tout-luxe » : le gros du développement se joue sur le milieu de gamme, le segment haut de gamme jouant le rôle de vitrine.
| Aujourd’hui | Objectif | |
|---|---|---|
| Établissements | ≈ 16 | plus de 40 |
| Chambres | ≈ 4 800 | ≈ 12 000 |
| Enseignes présentes | 7 | 9 |
| Ouvertures à court terme | 6 hôtels d’ici fin 2027 | |
Le Fairmont Hanoi, une entrée qui a déplacé les prix
L’arrivée de Fairmont dans le pays, en février 2026, a valeur de test grandeur nature. L’établissement de la capitale compte 241 chambres, dont 38 chambres Fairmont Gold et 12 suites, huit bars et restaurants, un espace bien-être et la plus grande salle de bal sans pilier de Hanoï · un équipement qui vise autant le tourisme d’affaires que la clientèle de loisirs.
L’effet le plus intéressant est ailleurs, dans les prix. L’entrée de l’enseigne a contribué à faire progresser d’environ 6 % le tarif moyen du haut de gamme à Hanoï, autour de 185 dollars la nuit. C’est modeste en valeur absolue, comparé à Bangkok ou Singapour, et c’est précisément ce qui rend le marché attractif pour les investisseurs : il reste de la marge tarifaire à conquérir.
Le pays a changé d’objectif, pas seulement de volume
Sur les sept premiers mois de 2026, le Vietnam a accueilli près de 13,92 millions de visiteurs internationaux, en progression de 13,8 % sur un an, auxquels s’ajoutent environ 98 millions de voyageurs domestiques. Le pays s’est fixé pour l’année 25 millions d’arrivées internationales et 150 millions de séjours domestiques.
Mais le tournant tient moins à ces volumes qu’au discours officiel qui les accompagne. Les autorités ont explicitement déplacé leur indicateur de réussite du nombre de visiteurs vers la dépense par visiteur, aujourd’hui estimée entre 1 200 et 1 400 dollars par séjour. C’est cette bascule, davantage que la croissance des arrivées, qui explique l’intérêt soudain des enseignes haut de gamme : elles vendent de la valeur par nuitée, pas du remplissage.
Ce que les groupes achètent réellement
Le Vietnam offre une combinaison rare : une côte de plus de trois mille kilomètres encore inégalement équipée, des villes patrimoniales reconnues par l’UNESCO, un coût de construction inférieur à celui de ses voisins et une classe moyenne locale dont le pouvoir d’achat progresse vite. Pour un opérateur, cela signifie un coût d’entrée modéré sur un marché dont le plafond tarifaire n’est pas atteint.
Le risque se situe du côté des équipes, pas des murs. Faire passer un parc de 4 800 à 12 000 chambres suppose de former plusieurs milliers de professionnels en quelques années, dans un pays où les écoles hôtelières de niveau international restent peu nombreuses. C’est le point de tension que les annonces de développement mentionnent rarement, et celui qui décidera de la qualité réelle du service dans cinq ans.
Notre regard
Le Vietnam n’est pas un « eldorado » et le mot masque ce qui se passe vraiment. C’est un marché en cours de montée en gamme méthodique, où le développement de volume sur le milieu de gamme finance la vitrine haut de gamme, et où l’État a compris avant beaucoup d’autres que la valeur d’un touriste se mesure à sa dépense plutôt qu’à sa présence.
La question ouverte n’est pas celle du nombre d’ouvertures, qui viendra. Elle est de savoir si la formation suivra le rythme du béton, et si les groupes internationaux sauront laisser aux établissements une identité vietnamienne plutôt que d’y dupliquer des standards régionaux. C’est sur ce point, et non sur les chiffres de croissance, qu’il faudra juger la destination dans quelques années.




