Après l’OMO5 Kyoto Gion et l’OMO7 Osaka, nous avons poussé le noren rouge du Hoshino resorts KAI Kaga, à Yamashiro Onsen, dans la préfecture d’Ishikawa. Quarante-huit chambres, trois bains, un dîner kaiseki servi sur porcelaine de Kutani et une danse du lion jouée chaque soir par les équipes : voici notre avis complet, et notre note.
- Où : Yamashiro Onsen, à Kaga (préfecture d’Ishikawa), à une dizaine de minutes en voiture de la gare de Kagaonsen
- L’établissement : 48 chambres signature habillées de papiers et de textiles teints de la région
- Le bain : trois espaces thermaux dans l’hôtel, plus l’accès gratuit au Ko-Sōyu, le bain public historique situé juste en face
- L’histoire : un ryokan fondé en 1624, dont le bâtiment principal et le pavillon de thé sont des biens culturels enregistrés
- L’exclusivité : le premier ryokan thermal du Japon doté de son atelier de kintsugi, l’art de réparer la céramique à l’or
- Le soir : une danse du lion shishi interprétée par le personnel, chaque nuit
- Notre note : 9,7/10
Un ryokan qui commence par un rideau rouge
Tout commence par le noren, ce rideau de tissu grenat frappé du blason au prunier, emblème du fief de Kaga, qu’il faut écarter de la main pour entrer. Derrière, un chemin de pierres traverse un jardin avant d’atteindre la maison. Ce seuil donne le ton : l’hôtel a été conçu pour se parcourir lentement, à l’échelle de la station thermale qui l’entoure. Les bâtiments de bois sombre et d’enduit clair s’organisent autour d’une cour dallée en damier, et l’accueil se fait assis, thé posé devant soi, sans comptoir de réception.
Réservation
Hoshino resorts KAI Kaga
Réservez directement sur le site officiel de l'hôtel.
Avant le KAI Kaga : le Shiroganeya, ryokan depuis 1624
Le bâtiment n’a pas été construit pour Hoshino Resorts, et cela s’entend dès qu’on marche dedans. L’adresse s’appelait le Shiroganeya (白銀屋), un ryokan fondé en 1624, au début de l’époque d’Edo, et longtemps le seul de Yamashiro Onsen à avoir conservé l’allure de cette période. Deux parties sont aujourd’hui inscrites parmi les biens culturels tangibles enregistrés du Japon : le bâtiment principal, une construction de bois à deux niveaux datée de l’ère Bunsei, entre 1818 et 1830, et le pavillon de thé, d’époque Meiji.
Hoshino Resorts a repris la maison et l’a rouverte sous l’enseigne KAI le 1er octobre 2012, septième adresse de la marque. Une campagne de restauration a suivi en 2014 et 2015, menée par des charpentiers rompus aux chantiers de monuments : la charpente a été démontée pièce par pièce, poteaux et poutres déposés, repris un à un, puis remontés. Derrière le bâtiment historique, une aile de chambres neuve de huit niveaux a été élevée, alignée sur les codes du quartier. C’est là que l’on dort, tandis que les parties classées accueillent les espaces communs.
Reste le nom qui éclaire tout le reste. Kitaōji Rosanjin, céramiste et gastronome, était un habitué du Shiroganeya, et une catégorie de chambre porte encore son nom. On lui doit une formule restée célèbre au Japon, selon laquelle la vaisselle est le kimono du plat. Vue sous cet angle, la maison ne fait pas du décorum avec la céramique : elle applique à la lettre l’héritage d’un client de passage il y a un siècle, du kintsugi aux Kutani posés à chaque service.
Un jardin au centre, et une banquette pour s’y asseoir
Le jardin n’est pas un décor posé sur le côté : il occupe le cœur de la maison, et les parties communes sont vitrées pour qu’on le garde en vue en permanence. Côté cour, une terrasse de pierre polie dessine un vaste damier de triangles noirs, blancs et colorés, qui capte la lumière de fin de journée et reflète les toits de tuiles du bâtiment. Un pin taillé, des rochers posés, quelques lanternes basses : rien d’exubérant, tout est affaire de proportions.
De l’autre côté, la partie plantée prend le relais : tapis de mousse, fougères, érables, pins, gravier ratissé et un petit abri de bois à claire-voie. Une longue banquette de bois court le long du jardin, et c’est là que l’on s’installe en yukata, un verre à la main, entre le bain et le dîner. C’est aussi sur cet espace que la maison suspend ses carillons à vent l’été et ses lanternes de mizuhiki à l’automne.
Des chambres pensées comme des ateliers d’artisans
Les 48 chambres portent la marque du territoire plutôt que celle d’une décoration d’hôtel. Chacune s’organise en deux temps : un salon de tatami avec canapé bas et table laquée, puis, derrière des cloisons de papier, une estrade sombre où reposent les lits. La tête de lit, tendue de papier clair, est ponctuée de médaillons à la feuille d’or, signature de la région, et les couvre-lits reprennent un motif tissé bordeaux. Papiers washi, textiles teints, laque de Yamanaka et céramiques de Kutani composent un vocabulaire cohérent, jusqu’au service à thé posé sur la desserte.
La salle de bain, contemporaine et fonctionnelle, s’ouvre sur une petite terrasse abritée par une claire-voie de bois. Les soins proposés sont d’origine japonaise et présentés dans des flacons colorés, jusqu’aux gobelets de céramique posés sur l’étagère. Rien n’y rappelle qu’on se trouve dans un établissement de 48 clés, et le silence, dans les couloirs comme dans la chambre, y est pour beaucoup.
Les bains : ceux de l’hôtel, et le trésor d’en face
Le KAI Kaga puise dans la source de Yamashiro Onsen, exploitée depuis plus de mille trois cents ans, et dispose de ses propres bains. Le bassin intérieur, taillé dans une pierre verte polie, longe une paroi de bois ponctuée de quatre grands panneaux de porcelaine de Kutani : motifs géométriques, pivoines sur fond jaune, poissons rouges, paysage en camaïeu de bleus, chacun rétroéclairé comme un tableau. Une baie vitrée court sur toute la longueur, et l’eau brûlante arrive par un simple conduit de bois. Elle est dense, franchement minérale, et l’on y retourne volontiers avant le dîner puis au réveil.
Le bain extérieur est bâti dans le prolongement : un bassin bas cerné de dalles claires, ouvert sur un jardin de bambous, de pins taillés et de graviers ratissés, fermé par une clôture de bambou tressé. La nuit, un luminaire en forme de lune l’éclaire depuis le haut du mur. Le vestiaire, sobre et impeccable, complète l’ensemble, et un panneau détaille les différents types de bains que l’on trouve dans les maisons du groupe.
Mais la station réserve mieux encore, à quelques pas de l’entrée : le Ko-Sōyu, bain public reconstitué en 2010 à l’identique de l’établissement thermal de l’ère Meiji qui se dressait là. Reconnaissable à sa façade de bois et à son noren noir frappé des trois idéogrammes 古総湯, il abrite boiseries de cyprès, vitraux aux couleurs vives, sol et margelles couverts de carreaux de porcelaine de Kutani, seaux de bois posés au bord : on y entre comme dans une pièce d’époque. L’entrée est comprise dans le séjour, et l’usage local veut qu’on s’y rende en yukata depuis son ryokan. C’est, à nos yeux, l’expérience thermale à ne pas manquer à Yamashiro.
◆ En images · Le Ko-Sōyu, le bain public de Yamashiro
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Une table qui raconte Ishikawa, assiette par assiette
Le dîner kaiseki se prend dans des salons semi-privatifs, à l’un des deux services, 17 h 30 ou 19 h 30. La carte de saison suit la mer du Japon de près : ormeau cuit vapeur, nodoguro, ce « perche noire » que les Japonais tiennent pour l’un des poissons les plus fins de l’archipel, fugu servi en shabu-shabu dans un bouillon de poisson, et pour finir un riz mijoté aux fruits de mer.
Chaque plat arrive sur une pièce différente, en porcelaine de Kutani, dont l’hôtel commande une partie directement aux artisans de la région : il parle lui-même d’un « mariage des assiettes et de la cuisine ». Laque de Yamanaka pour les bols couverts, céramique éclatante pour les entrées : la vaisselle raconte autant que l’assiette.
De novembre à mars, la maison bascule sur un menu entièrement dédié au crabe, servi en une portion et demie de bête vivante, cuite à la vapeur, grillée et en sashimi ; la version haut de gamme, dite KIWAMI, sert un crabe de marque, muni de son étiquette d’origine. La carte des sakés mérite qu’on s’y arrête : elle ne sort pas de la préfecture d’Ishikawa, du Tedorigawa de Hakusan au Kagatobi de Kanazawa, en passant par deux brassins de Kaga même, chacun accompagné de son degré et d’une note de dégustation en anglais. Le petit-déjeuner, servi de 7 h 15 à 9 h, décline un ensemble japonais autour d’une soupe de megisu, un poisson local. La formule occidentale, elle, n’a rien d’un buffet d’hôtel international : pot-au-feu façon oden, jus de yuzu, salade à la sauce amazake et carotte, omelette espagnole, jambon serrano, caponata, saumon fumé et fromage frais, trois pains, yaourt. Les demandes végétariennes comme les assiettes enfants se réservent à l’avance.
Le spectacle de l’hôtel : la danse du lion
Chaque soir après le dîner, la salle commune de l’hôtel se transforme en scène. L’établissement appelle ce rendez-vous KAI Cultural Discovery : il est gratuit, sans réservation et ouvert à tous, quel que soit l’âge. Le KAI Kaga y donne sa version du shishimai, la danse du lion, une tradition régionale dont les premières exécutions remontent au XVIᵉ siècle et qui reste vivace dans toute la préfecture d’Ishikawa.
Le principe est celui d’un combat rituel : un guerrier armé d’un bâton affronte le shishi, lion mythique dont la tête de bois blanche et dorée claque des mâchoires, tandis qu’un second danseur anime le corps sous une étoffe rouge. La chorégraphie est ici une relecture contemporaine, jouée devant une tenture peinte de pivoines et des paravents calligraphiés. Dans la tradition locale, la bête chasse les mauvais esprits avant d’être apaisée : le geste est censé porter chance à la maison et à ceux qui y séjournent.
Le détail qui change tout : ce ne sont pas des artistes invités mais les équipes de l’hôtel, celles qui servaient le dîner une heure plus tôt. Le geste est net, le rythme tenu, et la salle, réunie autour de la scène, retient son souffle. Hoshino resorts applique la même règle dans toutes ses adresses Kai : chaque établissement met en scène l’artisanat ou le spectacle vivant de son territoire, interprété par son propre personnel.
L’atelier de kintsugi, une exclusivité au Japon
C’est la singularité la plus forte de l’adresse, et elle est peu connue : le KAI Kaga est le premier ryokan thermal du Japon à s’être doté de son propre atelier de kintsugi, cet art de réparer la céramique brisée en soulignant les fêlures d’or plutôt qu’en les dissimulant. L’atelier, que la maison présente comme « le premier atelier de kintsugi d’un ryokan thermal au Japon », porte le nom d’« ABC du kintsugi ». Ouvert au public en avril 2023, il avait déjà accueilli plus de 1 600 participants au printemps 2024. La séance est gratuite pour les clients, sur réservation, à partir de douze ans.
L’atelier occupe une salle dédiée, murs rouge bengara et étagères garnies de céramiques, où chaque poste de travail est dressé comme un couvert. On y répare une pièce brisée : la fêlure est d’abord recollée et comblée, puis, la jointure sèche, on la recouvre de poudre d’or au pinceau, geste après geste, jusqu’à ce que la cassure devienne un trait doré. Le geste est lent, minutieux, et l’on repart avec sa pièce.
Le propos dépasse largement le travail manuel : dans la philosophie qui l’accompagne, l’objet réparé vaut davantage que l’objet intact, parce qu’il porte son histoire. Un discours qui prend tout son sens dans une région dont l’or en feuille et la céramique de Kutani sont les deux grandes signatures. Les pièces restaurées ne finissent pas dans une vitrine de musée : elles sont alignées sur les étagères de l’atelier, chacune portant sa cicatrice dorée.
Le Bengara Lounge, où l’on choisit sa tasse
Installé depuis mars 2024 dans l’aile ancienne de l’hôtel, un bâtiment d’époque Edo, le Bengara Lounge (べんがらラウンジ) tire son nom du bengara, ce pigment rouge à l’oxyde de fer dont sont peints les treillis de bois de la façade, le fameux bengara-gōshi qui signalait le Shiroganeya dans la rue. Le bar porte donc la couleur du bâtiment. Le principe y est aussi simple que réjouissant : on choisit soi-même le contenant dans lequel on sera servi, parmi plus d’une centaine de pièces de céramique alignées sur les étagères.
C’est un rendez-vous de fin de soirée, et rien d’autre : la salle ouvre à 20 h et ferme à 22 h 30, dernière commande à 22 h. La formule tient en deux choix, une boisson parmi trois sakés, un whisky, un shōchū, un gin ou une liqueur de prune, puis une gourmandise entre pickles, fruits secs et confiseries, accompagnée d’un assortiment de trois bouchées façon pintxos aux produits du Hokuriku. Comptez 3 500 yens par personne, les commandes suivantes à partir de 700 yens. Les banquettes rondes tournées vers les fenêtres à claire-voie donnent sur la station thermale, vieille de treize siècles. Deux réserves à connaître : l’accès se fait sur réservation, et le salon est réservé aux clients de vingt ans et plus.
Le service se fait au plateau, sur un napperon de nœuds de mizuhiki dorés, avec les fruits secs présentés dans une coupelle de Kutani en forme de poisson : jusque dans un gin tonic, la maison place son artisanat. Au registre sucré, la maison sert des gelati au lait de Noto, la péninsule voisine, déclinés en quatre parfums.
Pour les familles, l’hôtel a prévu une alternative : un espace de repos face au Ko-Sōyu, où l’on sert boissons et douceurs au sortir du bain, sans réservation ni condition d’âge.
Ce que l’hôtel propose en plus, et qui est compris
La marque Kai a pour principe de rendre ses activités culturelles gratuites, et le KAI Kaga ne déroge pas : la danse du soir, l’atelier de kintsugi et l’entrée au Ko-Sōyu ne coûtent rien aux clients. Ce dernier point mérite d’être souligné : le bain public historique, situé en face, figure officiellement parmi les prestations incluses dans le séjour.
S’y ajoutent des rendez-vous saisonniers construits autour du mizuhiki, l’art des nœuds de papier torsadé dont Ishikawa est l’un des berceaux : des carillons à vent suspendus sur la terrasse du jardin de thé en juillet et août, puis des lanternes colorées qui éclairent la cour de septembre à novembre. L’été, des espaces de fraîcheur et des rafraîchissements accompagnent les sorties de bain. Enfin, un service de massage est proposé sur réservation, à partir de seize ans.
Ce qu’il faut savoir avant de réserver
L’arrivée se fait à partir de 14 h 30 et le départ à 11 h, le dîner à 17 h 30 ou 19 h 30 et le petit-déjeuner de 7 h 15 à 9 h. Comptez une dizaine de minutes de voiture depuis la gare de Kagaonsen, desservie par le Hokuriku Shinkansen depuis Tokyo, et une heure environ depuis Kanazawa. Comme dans les autres ryokans Hoshino resorts KAI, le séjour s’entend dîner et petit-déjeuner compris, formule indissociable de l’expérience. Une réserve, la seule : le format ryokan impose ses horaires. Avec un dîner à 17 h 30 ou 19 h 30 et un spectacle enchaîné derrière, la soirée est écrite d’avance, ce qui laisse peu de latitude à qui voudrait sortir dans la station.
Notre verdict
Le KAI Kaga réussit ce que beaucoup de ryokans modernisés manquent : parler d’artisanat sans en faire un décor. La céramique, la laque, la feuille d’or et la danse du lion ne sont pas des accessoires disposés dans un hall : ce sont les objets qu’on utilise, la vaisselle où l’on mange, la tasse qu’on répare soi-même à l’atelier, le spectacle que donnent ceux qui vous servent. Le Ko-Sōyu, à deux pas, justifie à lui seul l’étape à Yamashiro. Notre note : 9,7/10. Les réservations s’effectuent sur le site officiel de Hoshino resorts.
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